vendredi 8 mars 2013

Paradis blanc au pays des ramoneurs heureux


Par quel prodige distingue-ton aujourd’hui ce raclement de pelle à neige par 15°C au soleil ? Il nous rappelle que nous avons vu par nos fenêtres, ces huit dernières semaines, toutes les subtilités des variations de blanc gris, du laiteux à l’opalin, du pâle délavé au blême argenté. Certains jours, les flocons n’ont cessé de tomber, depuis le pépin duveté jusqu‘aux balles éfaufilées ou quelquefois avelines crayeuses.

Certains matins la glace a enchâssé nos roues, les pneus ont tant patiné que les virages semblaient manèges,  les glissades ont amusé les enfants et teinté nos fessiers, rougi les joues et les mains. Dans la rue, les retraités ont culbuté la pelle à neige à chaque heure, créant des monticules formidables répartis à intervalles réguliers sur le bord des trottoirs. Certains astucieux ont investi dans une souffleuse à neige, avatar de l’aspirateur à feuilles automnal, qui réduit la corvée à une promenade au grand air devant les yeux avides des manutentionnaires moins bien pourvus !

Ne pas nettoyer son trottoir avant 8h les jours de semaine est passible d’amende, et les services de déneigement pour les particuliers se monnayent plusieurs centaines d’euros mensuels…

Le matin, après le ballet des pelletées, il fallait encore décrocher la toile qui bardait le pare-brise, accumulait la neige et évitait les plaques de givre trop longues à réduire. Tous ces instruments ont voyagé dans les voitures, pour que le conducteur déblaie, en double file, une place pour caler son créneau, après un parcours chaotique dans les ruelles que n’atteignent les services municipaux qu’en cas de danger avéré, et les grands axes ralentis par les quadrilles de chasse-neiges.

Le plus extraordinaire est qu’avec de telles conditions, les retards à l’école sont exceptionnels. « Il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais équipements » est la règle que nous avons apprise à l’école aux réunions de rentrée des parents.

Et voilà qu’en quelques heures les eaux ont fondu pour qu’éclosent les perce-neiges  mauves sur nos pelouses brûlées. Pourtant, malgré une semaine de températures parfois très positives, subsistent des amas de neige qui s’étiolent doucement. Alors, pour ne pas perdre leur entraînement, nos voisins retraités sortent régulièrement pour répandre, à coup de pelle à neige, des briquettes de glace sur la chaussée. Elles fondent au soleil et irriguent les jardins…

Dans cette étonnante contrée de chahuteurs de pelles, d’autres énergumènes armés d’échasses sont heureux : ce sont les ramoneurs municipaux qui s’invitent chez vous à 6h30 du matin, sans rendez-vous, pour contrôler le conduit de cheminée. J’aboyais sur l’importun lorsque Patrice, averti par ses collègues du passage imminent de l’homme de l’âtre a accueilli notre visiteur avec civilité.

C’est ainsi que nous sommes passés, en quelques jours, du paradis blanc aux effluves de suie…

PS : Nulle raison de fêter les femmes aujourd’hui dans notre belle Bavière qui accorde à cette seconde part de l’humanité un statut d’ornement actif, mais muet, si celles-ci s’arrogent le toupet de souhaiter être mères !

 

 

 

jeudi 10 janvier 2013

Pfannesupp's Digest 2012


2012, année bavaroise…

L’hiver à Munich est long et froid, mais aussi joyeux. Emmitouflés dans d’épaisses doudounes, les pieds chaussés de bottes fourrées, on y manie quotidiennement, gantés, la pelle à neige et la luge. Les sorties de classe se font en glissant, et maintes batailles de boules de neige et constructions d’igloo scandent les temps libres nombreux, puisque l’école s’arrête à 14h.

L’année commence en fanfare au son des pétards et feux d’artifices, allumés par tous les habitants de la ville, qui embrasent Munich pendant près de deux heures la nuit du réveillon. Accompagnés d’une famille d’amis toulousains venus passer une semaine de vacances, c’est dans notre rue sous la neige, à la main une flûte de champagne offerte par un voisin, que nous avons terminé « la glissade vers la nouvelle année » selon l’expression allemande.

En janvier, Théo fête ses 11 ans à l’hôpital, acheminé sous une tempête de neige mémorable pour une opération bénigne mais urgente. Sa première année de collège se déroule parfaitement. Il faut reconnaître qu’il s’est adapté simultanément à une nouvelle ville, un nouvel environnement, des rythmes inédits, une multitude de professeurs, des copains inconnus et presque deux heures quotidiennes de transport effectuées seul, avec trois changements bus / métro par trajet ! Il apprend en même temps l’anglais et l’allemand, reprend des cours de violon avec notre voisin, violoniste à l’opéra de Bavière et généreux en places de concert donnés dans la magnifique salle bâtie par le roi Louis II.

Alors que le mercure marque -22°C à Munich, Février marque un truculent passage à Paris puis Nantes en pleine tempête de neige, à l’occasion du baptême d’un filleul de Patrice. La famille au grand complet se présente vêtue de culottes de peau et robes tyroliennes. Les vacances d’hiver nous voient accueillir le cousin Valentin venu de Bordeaux pour une semaine de jeux et de ski. Les enfants vivent à l’école et dans la ville un carnaval déjanté, nous dégustons les beignets à la confiture (Krapfen), pâtisserie traditionnelle que l’on peut manger jusqu’au mardi gras à minuit. Nos mercredis après-midi à la piscine permettent de maintenir une ligne svelte que la nourriture allemande pourrait mettre en danger !

En mars nous commençons à sentir que les jours ont rallongé, car la nuit ne tombe qu’à 17h30 (contre 16h15 au pic de l’hiver !) et le thermomètre repasse au-dessus de -10°C pour la première fois depuis six semaines. Plus besoin de déneiger tous les jours, voire plusieurs fois par jour… bref, c’est presque le printemps ! Patrice, alors en déplacement à Madrid, n’a pas vu les trois journées noires - ou plutôt blanches - au cours desquelles il a neigé sans discontinuer. Les deux garçons ont pris chacun leur pelle à neige pour m’aider, matin midi et soir, à maintenir propres et dégagés nos 20m de trottoir, selon l’obligation légale.

Dans le sud de la France nous riions de l’adage « en avril, ne te découvre pas d’un fil ». Nous en avons appris la signification ici à notre retour de vacances en France. Après avoir fêté Pâques dans le jardin de Taillecavat avec cousins et amis, puis campé quelques jours sous une yourte dans les gorges du Verdon, occasion de randonnées au soleil, nous retrouvons avec délice notre Bavière enneigée et gelée !

Nous vivons les élections dans l’atmosphère fébrile des français de l’étranger, englués dans de titanesques files d’attente pour glisser enfin le bulletin dans l’urne, puis c’est la saison des vacances de France qui amène son lot d’amis en visite. Nous entrons dans le mois de mai en ayant visité plusieurs fois les trois pinacothèques, le magnifique zoo, l’incroyable jardin botanique, la plupart des châteaux de Louis II, en ayant découvert le détour des splendides lacs et des vues époustouflantes depuis les sommets alpins. Pour l’Ascension, nous confions nos trois enfants à un couple d’amis et partons vivre quelques jours à Istanbul à la découverte des mosquées, du Bazar et du Palais de Topkapi. Nous rentrons enchantés de la parenthèse turque, et repus de loukoums, baklavas et autres douceurs orientales.

En juin, c’est à notre tour d’accueillir les trois enfants de nos amis. Pendant cinq jours, nous faisons face gaillardement à la vie avec six enfants entre 5 et 11 ans. Belles rigolades et moments inoubliables lorsqu’il faut doucher (ou envoyer à la douche), mettre à table, amener à l’école une telle marmaille ! Juin est aussi le temps des adieux à ceux qui quittent Munich. Nos cœurs se serrent en voyant partir de nouveaux amis qui nous avaient si bien accueillis. Pierre souffre de voir ses deux meilleurs copains de classe retourner à Paris : Ronan l’ami de cœur, et Jean le partenaire de tennis. Il se console en jouant au piano, sa nouvelle passion.

La fin d’année scolaire est tardive en Bavière. Qu’à cela ne tienne, c’est le temps de profiter des Biergarten ! Toutes les occasions sont les bienvenues : passage d’André et Marie-Jo, repas improvisés, matchs de foot, anniversaire de Manon (et ¾ d’anniversaire de Pierre, un inédit qui marche bien !)… La règle des lieux est pratique : il est permis d’apporter son repas ; seules les boissons sont impérativement achetées sur place. Et la bière coule à flots, servie en Maβ, ces chopes d’1 litre ! Théo fait l’expérience de la boisson la plus énergétique possible : le Spezi, mélange de Fanta et de Coca (indescriptible). Notre cher ami Jean, prêtre de Tournefeuille, nous rend visite au début de juillet ; c’est encore l’occasion de nouvelles promenades… et de fêtes en Biergarten !

A la sortie des classes, une famille d’amis vient partager quelques journées avant notre retour en France pour les vacances. La météo se détériore sensiblement à la mi-juillet : des pluies torrentielles marquent toutes les fins de journée, le temps change constamment, avec des variations de température significatives. Le 17 juillet, nous expédions Théo et quatre autres scouts, sans accompagnateur, par le train de 6h27 en direction de Paris puis Brest (13 heures de voyage !), pour un camp de deux semaines achevé par le Jamborée National de Jambville. Après un passage reposant et très agréable à Montreuil chez Yann et Hélène, nous confions Manon et rejoignons les équipes de service du Jamborée avec Pierre. Suivent quatre journées de rencontre, partage, découvertes. Moments inoubliables, intenses ! Comment exprimer à nos amis, proches et collègues que pendant nos vacances nous étions exaltés de cohabiter cinq jours dans les bocages, bivouaquant sous le déluge avec 20.000 personnes dont 19.000 de moins de 25 ans, de se lever avec entrain à 5h chaque matin pour passer sous la douche (8 douches et 4 WC pour 400 personnes…), puis enchaîner les tâches rébarbatives, manger à la cantine avec les 1000 autres adultes qui partagent notre lubie, passer nos soirées assis par terre à auditionner refrains et algarades, sous le vent et la pluie, être successivement agent de sécurité, officier de pompage, creuse-tranchées à la lampe torche (et sous les trombes), planton anti-émeute (une rébellion des bretons revendiquant du beurre salé, suivis par les lyonnais en mal de quenelles), peintre en bâtiment, arbitre de sport, réparateur de tentes, escadron de soutien psychologique, porte-parapluie, borne d’information, porte-flambeau et même bougie d’anniversaire de taille humaine ?

Août rime avec repos bien mérité. Après une semaine de farniente à Taillecavat avec nos amis du réveillon, puis l’anniversaire de mariage d’André et Marie-Jo suivi d’un délicieux week-end dans le repaire de Géraldine en plein Lot-et-Garonne, nous partons pour deux semaines de soleil dans un appartement miniature au bord de l’Océan, à Capbreton. Théo s’initie au surf, nous comptons les étoiles et dévorons les livres achetées dans la Librairie de la Rue en Pente à Bayonne ; difficile à Munich de trouver d’aussi bons conseils de lecture en français !

Pour le retour en Allemagne, nous complétons nos réserves de vin, compotes, saucissons et cornichons par un stock de fromages achetés dans le Cantal en passant visiter la très belle maison achetée et rénovée par Isabelle (la sœur d’Hélène) et son mari Bruno. C’est la canicule, ce qui se traduit par des températures délicieuses au pied de la chaîne des Puys. Nos visiteuses de la fin août (Françoise, la maman d’Hélène et notre nièce Cécile) apprécient les paysages et les Biergarten redevenus fréquentables après les pluies d’été.

La rentrée des classes en septembre amène un nouveau rythme. Manon en grande section, Pierre en CE2, Théo en 5ème, la semaine est ponctuée par les activités : danse et piano pour Manon, tennis et piano pour Pierre, violon, basket et tennis pour Théo, auxquelles s’ajoutent les sorties et week-end scouts, le caté et l’aumônerie. Pour sa deuxième année de congés sans solde, Hélène préside toujours l’assemblée des parents (ah ! les soirées consulaires…), fait le caté pour les CM et suit, en télé-enseignement, les cours de théologie de la Catho de Toulouse.  Elle assure également les arrières d’une maisonnée toujours en mouvement, avec un papa colombin voyageur et une foultitude de nouveaux amis à accueillir ! Patrice a su convaincre sa femme de l’aider à animer le groupe scout qui compte maintenant quarante jeunes et une petite dizaine de chefs, la plupart nouveaux.

Un nouveau locataire, Homère, s’installe dans notre demeure : exilé de l’île de Paros, immigré grec en situation régulière, notre authentique protégé a des manières policées en dehors des aubaines de pitance – ou encore à l’approche de Manon qui le martyrise avec application. Il cabriole à nos flancs, ses ronronnements fracassants s’allument en communes contingences, de l’horizontalité somnolente aux câlineries dans son pelage. Nourri par le matutinal Théo à 6h20, il se prélasse ensuite jusqu’à recueillir quelques caresses au départ des écoliers 90 minutes plus tard. Si la maîtresse de maison persiste dans la place, il consent à la promiscuité, modulo la réduction des résonances superflues (radio, aspirateur, sèche-cheveux) qui dérangent sa sieste qui durera jusqu’à l’obligatoire promenade extérieure (imposée quelle que soit la météo extérieure).

Octobre à Munich voit s’achever la fameuse fête de la Bière qui fait vivre la ville au rythme des sept millions de visiteurs et autant de litres de bières avalées en deux semaines. Gigantesque fête foraine, délire de tenues traditionnelles et de ripailles de poulets et de bretzels, ce moment est unique, inexplicable, burlesque, en bref charmant. Le 14 octobre, notre maison est pleine de bordelais et de toulousains venus courir avec Patrice le marathon de Munich. Ils seront sept au départ, et autant à l’arrivée, ayant accompli toutes les performances dans toutes les conditions possibles. L’exploit est fêté dignement au soir de l’épreuve par force entrecôtes importées d’Ariège avec le colis trimestriel organisé par la communauté française, lassée des repas de porc et de dinde.

A la Toussaint, Mathilde et Elise, les cousines parisiennes et bordelaises, accompagnées de leurs pères respectifs, viennent visiter la Bavière. Neige un jour, soleil et 15°C quelques jours plus tard, l’éventail météo est complet pour des expéditions bigarrées ! A la Saint-Martin, les enfants défilent en procession, portant la lanterne qu’ils ont fabriquée pour garder la lumière dans les journées qui deviennent bien courtes. Nous mangeons les gâteaux en forme d’oie de la Saint-Martin, alors que les voyages incessants de Patrice à Toulouse, Madrid, Marseille se poursuivent, la fatigue commence à se faire sentir…

Décembre commence par la Saint-Nicolas, que les enfants attendent impatiemment en déposant sur le seuil une carotte et un morceau de sucre pour l’âne, et un verre de vin chaud pour le Saint. Le lendemain, les enfants trouvent à la place un chocolat et une orange. Notons que cette année, le sucre avait disparu, mais la carotte et le vin avaient gelé ! Saint-Nicolas passe ensuite dans les classes pour donner des conseils de sagesse, distribuer des friandises – ou prier son acolyte le Père Fouettard de corriger les enfants indociles. La neige nous surprend un matin, abondante, magnifique, puis le mercure chute à -20°C. Le chat se lance à la poursuite de la neige et creuse des tunnels pour cacher ses jouets ou ses proies. La nuit, il découche moins souvent Courageux, nous allons quand même couper notre sapin à la hache dans un champ satiné. Suit une série de grippes : Manon, puis Hélène, Pierre et enfin Patrice… A peine remis, nous accueillons Yann, Hélène, Voltaire et Charlie pour de chouettes vacances de Noël. Au menu, dégustation des gâteaux traditionnels (Plätzchen et Stollen), chocolat et vin chauds, balades en ville, marchés de Noël, patinage, et découverte des merveilleux cadeaux glissés sous le sapin, pendant la messe de minuit, par un ange facétieux (c’est la tradition en Allemagne) !

L’année s’achève par la visite de nos amis du château Haut-Mongeat : virée au château de Neuschwanstein, les trois pinacothèques en une seule journée (Manon et Capucine, hilarantes avec leurs audio-guides pour « lire les tableaux »), piscine d’eau salée en extérieur (c’est encore mieux sous la neige…) et bien-sûr dégustation des vins d’Isabelle avec quelques amis munichois. Visite surprise de Cécile, la marraine de Pierre, bretonne de New-York et globe-trotter notoire pour achever l’année comme elle a commencé, dans les pétards et les feux d’artifices allumés par Patrice, Théo, Pierre et Julien, sous les yeux ébahis de nos dix-sept hôtes du réveillon. Viel Spaβ !

 
 

jeudi 29 novembre 2012

Au bois dormant


Si la Bavière ne suscite plus l’étonnement de la nouveauté que brossaient ces pages l’année dernière, elle acquiert peu à peu pour nous la saveur de la demeure familière, affermie par une admiration croissante pour les étendues préservées qu’offrent Munich et encore plus les contrées affleurant les montagnes.

Nos yeux ont abordé autrement les bacchanales d’octobre ; nous avons entrevu la fermentation des apprêts et des codes adoptés en coulisses, pénétré la doctrine des tenues bigarrées et des écarts caloriques, distingué l’euphorie et le désenchantement au fil des refrains et des éclats. Aux excès des jours de fête succède une modération dans les contenances, une froideur qui semble impénétrable, trempée de retenue envers les allochtones, si ce n’est d’insensible aversion. Ces derniers mettraient-ils en péril les espaces préservés de l’écosystème bavarois ?

Sur les sentiers pastoraux autant que sur les voies autoroutières s’étalent les perspectives que ne brisent aucun bandeau marchande, aucune publicité criarde, aucun interstice désaffecté ou huileux, les bâtiments sont restaurés avant d’être éraillés, les préaux  dépoussiérés avant d’être souillés. La nature est intacte, aussi est-il aisé de s’y couler en familier. L’essentiel est de garder les yeux ouverts pour ne pas s’étourdir, car au pays des fées, certains assoupissements sont prolongés !   

dimanche 26 août 2012

Vis tes rêves !


A l’accueil, tagués par d’enjoués factotums, vous voilà dirigés vers le village où deux cents douars se mêlent aux canadiennes ; piquets enchevêtrés, lacets confondus, toiles étendues à perte de vue… votre abri fusionne dans la métropole textile. A la nuit se propagent les murmures mitoyens, les bourdonnements s’échangent, les déplacements se dotent d’acrobatiques culbutes sur les sardines collectives. 
 
 


Vos bras sont tôt loués pour autant de sémaphores qui régissent les quatre cents pataches estafettes de Bleus. En neuf heures, sous le soleil et la pluie, arrivent à l’envie plus de quinze milliers d’adolescents, foulards bigarrés, yeux déjà pétillants, corps graciles fléchissant sous d’imposantes sacoches, visages illuminés de sourires impatients.
  

Suivent quatre journées de rencontre, partage, découvertes. Moments inoubliables, intenses, source d’énergie pour continuer la route.

Comment exprimer à vos amis, proches et collègues que pendant vos vacances vous étiez exaltés de cohabiter cinq jours dans les bocages, bivouaquant sous le déluge avec 20.000 personnes dont 19.000 de moins de 25 ans, de se lever avec entrain à 5h chaque matin pour passer sous la douche (8 douches et 4 WC pour 400 personnes…), puis enchaîner les tâches rébarbatives, manger à la cantine avec les 1000 autres adultes qui partagent votre lubie, passer vos soirées assis par terre à auditionner refrains et algarades, sous le vent et la pluie, être successivement agent de sécurité, officier de pompage, creuse-tranchées à la lampe torche (et sous les trombes), planton anti-émeute (une rébellion des bretons revendiquant du beurre salé, suivis par les lyonnais en mal de quenelles), peintre en bâtiment, arbitre de sport, réparateur de tentes, escadron de soutien psychologique, porte-parapluie, borne d’information, porte-flambeau et même bougie d’anniversaire de taille humaine ?
 

Pour (re)vivre Vis tes rêves à Jambville, rendez-vous sur http://www.dailymotion.com/video/xsj0n6_vis-tes-re-ves-le-film_webcam
 

 

mercredi 30 mai 2012

Le joli mois de mai !

Mai s’amorce en Bavière, dans chaque paroisse, par l’élévation des mâts.

Sectionnés dans les forêts d’alpage pendant les semaines précédentes, poncés puis peints aux couleurs de l’Etat Libre, ils sont ensuite patronnés jour et nuit par des grappes de jeunes gens. Le défi consiste à dérober le mât de la paroisse voisine, afin d’empocher l’enjeu qui se monnaye en fûts de bières, cochonnailles ou défilés de jeunes filles en tenues légères (pour les prises remarquables).

Le 1er mai, aux aurores, une armée de culottes de peau sort le mât de sa cachette et le porte à bouts de bras jusqu’au lieu de montage. Les vergues peuvent toiser 60 mètres, l’effort est donc soutenu. Confié à la garde des plus jeunes, le Maibaum (arbre de mai) est abandonné par les manutentionnaires qui vont prendre leur première collation de la journée : saucisses et salades de patates, arrosées de bière servie à la Maβ (prononcez « masse »), cette chope en verre carrelé, titrant un litre et portée par poignées de cinq par de colossales Mädchen. Il est environ 9h du matin.

Pendant que les hommes cassent la croûte, les femmes en tenue tressent la couronne de branches de sapin, dans laquelle seront glissés des rubans multicolores.

 Aux flancs sont fixés les écussons des commerçants du quartier, au pied la cocarde de l’année.


          


Commence alors une sérénade huilée, codée et mystérieuse : les hommes glissent sous le pilier des perches entrelacées, agencées à distance réfléchie en commençant par les abords du sommet et élèvent lentement le mât en ajoutant des perches de plus en plus près du fondement. Un relai s’établit, permettant aux éreintés de rejoindre le buffet. Les fûts de bière sont à moitié asséchés lorsque la verticalité est annoncée par le laborieux le plus sobre.

La parade peut alors commencer !


 


dimanche 22 avril 2012

A voté !

Les quatre bureaux de vote des français de Bavière ont ouvert ce matin à 8h. Nous sommes 46 000 inscrits au consultat. Faites vos calculs...

Lorsque la smala Brossier, vélocipédiquement  acheminée, a atteint l’école française un peu avant 8h10, sous une légère bruine, deux cents hominidés en imperméable temporisaient, dressés sur leurs pattes de derrière, à l’extérieur du bâtiment.

Les fins de liste alphabétiques étant considérablement plus développés que les débuts de liste, madame avait voté à 8h40 tandis que monsieur faisait encore le planton devant les portes.  Une heure plus tard, « a voté » !

 Dire que voter est un devoir civique…

mardi 17 avril 2012

Des transhumances

Les intermèdes plaisanciers permettent aux bavarois d’adoption d’assouvir leur chasse héliantivore, en visée des layons où se produisent le plus fréquemment les rayons du soleil. Avides d’un départ hâtif, voici nos aventuriers ensemencés dans les embâcles munichois, empruntant un Korridor tyrolien aux entours du lac de Constance, puis infiltrant le territoire helvète à la recherche de l’inappréciable vignette qui agrée la circulation sur les artères de la fédération. Avisant un panneau de transit, nos voyageurs s’enrôlent sur une aire assignée aux 38 tonnes ; l’Espace, pourtant spacieuse, y fait office de chaloupe au milieu des super tankers. De vignette point, mais un seuil inédit aux suisses avenues, sans acquittement de l’octroi présagé. 

Qui ne sait les autoroutes helvètes à la sortie des bureaux de Zurich ? Prenez un retour de Normandie un dimanche soir de mai, ou un fameux samedi enneigé au péage de Saint-Arnould, cousins timides du capharnaüm évoqué. Nous optons pour une bretelle bernoise dans un patelin moyenâgeux, attifé d’un pont en bois bardé, de ruelles serpentines, de fraiches fontaines… et d’une auberge turque. Les enfants, ensachés dans la voiture entre les fûts de bière, déambulent et apprécient leur premier diner de vacanciers, prodigué par un serveur contemplatif. L’épopée, via Genève, s’achève au mitan de la nuit au nord de Chambéry où les conducteurs, lessivés, rechargent leurs accus.

Amis chers et parents, nature éveillée et instants de fraîcheur…   

Dix jours girondins suscitent des envies de montagne. Cap sur la yourte du Verdon où, accueillis par Vanessa et la petite Alice, les voyageurs découvrent les délices de l’Extrême-Orient : inoubliables brioches tièdes et madeleines au chocolat ! Randonnées à couper le souffle et nuits chaudes dans nos divans mongols, aux pieds des collines enneigées.

Quatre aubes plus tard, le transhumant cortège longe la côte génoise, coupe la plaine du Pô, vire au nord de Venise et franchit la barrière alpine en Autriche. Le soleil n’a pas suivi à Munich, et pourtant nous rallions notre logis avec contentement. Viel Spaß !


mercredi 22 février 2012

Sur le sacro-saint modèle allemand…

Vos écoutilles sont rabattues de dépêches exaltant le modèle allemand et exhortant nos compatriotes à opter pour les mêmes pratiques de décision et de vie. Or vu de Bavière, où la vie est douce et aisée pour la communauté française sise en observatrice, les positions locales ne sont pas toujours optimales. Composez donc votre appréciation…

Le parangon germanique est en vérité un camaïeu de modèles. Nos rédacteurs invoquent habituellement les données des Etats de l’ancienne Allemagne de l’Ouest, et en particulier de Bavière et de Bade-Wurtemberg où le chômage effleure apparemment le seuil dit structurel de 4,5 %. Ces quantièmes dissimulent les arrangements à temps partiel (presque 40%), en général destinés aux mères qui aspirent à consacrer à leur enfant (notez le singulier) la moitié de leur jour puisque l’école s’achève à 13h et que les légendaires activités sportives et culturelles ont été privatisées à l’heure de la réunification, faute de pécule pour déployer ces mesures.

Remontant aux années 80, l’idée pionnière des Schlüsselkinder (enfants ayant autour de leur cou la clé de chez eux) s’est brisée sur le constat que les gamins ne refluaient pas toujours chez eux, ou dévalisaient sucreries et boissons du frigo domestique.

Il était donc temps de réaffirmer l’autorité parentale (enfin… maternelle) dans un terroir où le système éducatif sélectionne les enfants à 10 ans (à l’issue de notre CM1) pour les orienter qui en école professionnelle, qui en école technique, qui au lycée, cette dernière option avoisinant 15% en Bavière. Les passerelles après le tri sont rares et exigeantes, c’est pourquoi dans les familles qui visent exclusivement les études supérieures, les bougies enfantines entre 7 et 9 ans s’accordent avec pression, cours de soutien et entraînement intensif.

Reconnaissons que pour les recalés de l’examen, l’orientation en dehors du lycée n’est pas irrémédiablement synonyme d’échec puisque les professions manuelles sont bien considérées, à condition cependant d’avoir une charge dans une grande entreprise valorisante. En dehors du système des industries de pointe, vecteurs de qualité et de stabilité, les autres emplois sont cantonnés à des salaires faibles et des conditions précaires. Le système fédéral ayant abandonné le maintien d’un salaire minimal, insoutenable pour les Etats de l’ancienne RDA, nombreux sont les contrats autour de 4 euros de l’heure, voire moins. S’y ajoutent de nombreuses heures payées au noir, pour les petits boulots du quotidien.

Le citoyen français s’interroge alors : en l’absence de prélèvements obligatoires substantiels, comment le gouvernement finance-t-il les infrastructures et les dépenses collectives ? Eh bien, il ne les finance pas. En témoignent l’état des routes, des métros, les chambres collectives à l’hôpital, la situation démographique préoccupante, la participation des familles aux frais de scolarité et bien d’autres marqueurs. Pourtant, les infrastructures ne sont ni sales ni délabrées, car les allemands les respectent et le les endommagent pas : elles représentent un patrimoine dont ils sont redevables. Ne parlons pas cependant de patrimoine collectif, tant l’idée même d’un destin commun est absent de l’idéologie de nos hôtes. Absent et même étranger : tout ce qui vient de l’Etat est mis en doute, discuté, contesté au cours de soirées interminables de débats publics dont les annonces sont affichées dans les rues. Ces derniers mois, plus d’un débat par semaine était organisé sur les droits et devoirs de l’Allemagne en Europe, au regard du sauvetage des finances grecques. Toute initiative impliquant la mise en avant de l’Allemagne sur le plan mondial ou même national est voué à une riposte intestine immédiate et virulente.

En apparence, les meneurs d’opinion proviennent de la plèbe, cependant les décisions authentiques sont prises, comme ailleurs, dans les cercles de bonne compagnie, forums avisés et feutrés où la cylindrée de la Porsche prend valeur de quartier de noblesse.



Alors, pourquoi érige-t-on l’Allemagne en modèle ? Pour la propreté et la quiétude de ses contrées, pour la courtoisie et la patience (pas toujours instinctives) de ses habitants, pour leur penchant à la préférence nationale – le Made in Germany (voire in Bayern pour les Bavarois) - qui auraient en France des relents extrémistes parfaitement tolérés ici, pour la docilité (relative) des travailleurs à qui la parole est donnée mais qui ont constaté, par les remodelages récents de l’économie, la chute vertigineuse de la valeur des opinions.

Le développement individuel est l’intention véritable du modèle germanique : si pour les femmes « les trois K » (Küche, Kinder, Kirche = Cuisine, Enfants, Eglise) sont un peu dépassés, le nouvel acronyme est HAAU pour les deux sexes : Heim, Arbeit, Auto, Urlaub (Maison, Travail, Auto, Vacances).



Vérité en deçà du Rhin, mensonge au-delà ? Disons qu’il est urgent de réfléchir avant de transposer un tel paradigme dans une France qui cultive une vision universaliste et qui chérit la liberté de contester pour préserver, au fond, un projet commun.

dimanche 29 janvier 2012

Flocons et boules de neige

Avec les flocons quotidiens et le mercure calé au négatif, notre aptitude à la conduite sur les lames pétrifiées s’est indurée, jusqu’à concéder des échappées en état troublé.
 
Ainsi la fraîche promenade vers l’hôpital (samedi aux aurores), lorsque j’escortai, sous la bourrasque laiteuse, un Théo aux pointes vigoureuses indisposées. Moins d’un tour d’horloge plus tard, il était admis au bloc opératoire.

L’épisode s’est conclu favorablement, cependant nous aurons à cœur de susurrer aux parents de damoiseaux quelques recommandations pour déjouer de telles alarmes.

 Autres divertissements au crédit de la neige : de nombreux dévers en luge et un igloo familial, des veillées « ski de randonnée et agapes » pour Patrice, un brevet de pelotes de neige pour les autres ; les pelletées du matin, les pelletées du soir ; les graviers, raflés sur les trottoirs par nos chausses démesurées, et les canardières d’eau glacée qui se forment dans le sas d’entrée.  


Viel Spaß







lundi 16 janvier 2012

Et soudain le firmament s’obscurcit.

Depuis notre immersion bavaroise, nous avions invoqué les esprits de l’hiver, ébroué maints gri-gris, valsé sous les conifères les soirs de pleine lune ; en vain. Les flocons parfois dansottaient, bardaient les accotements de quelques pouces argentés, et l’hiver détalait.

Vendredi dernier, à la tombée de la nuit (16h25, donc…), l’horizon soudain s’obscurcit, l’éther s’épaissit et du firmament churent de minuscules pelotes pesantes et affilées. En français le vocable « mi neige mi grêle », à ma connaissance, reste à inventer.

Eparses en préambule, puis fourmillantes, et enfin innombrables, en rafales horizontales, virevoltantes, instables… en une minute, la circulation en pleine ville, pourtant dense, s’est brusquement démêlée : je me retrouvai seule sur la chaussée, ou plus exactement isolée dans le mètre entourant l’héroïque Modus, périphérie suprême du champ visuel disponible à cette heure.

En moins de temps qu’il ne faut pour le transcrire, toutes les berlines alentour avaient viré au blême uniforme, plus de légende routière. Rupture momentanée du fil d’Ariane, rideau (blanc).

Au répertoire sonore, l’union du vacarme des vents et du silence molletonné des floches.

Du fond du sac à main, précieux, transi, mes doigts ont délivré le sésame de nos premières errances en pays d’exil : l’écran du GPS…

vendredi 9 décembre 2011

La scie, la carotte et le bretzel

Au « deuxième Avent » s’amorce la quête du compère des jubilés de la Nativité, conifère vigile des largesses et des illuminations hiémales.

Nous avons donc mis cap sur Unterweikertshofen pour une odyssée forestière en charrette, puis une randonnée familiale, sciotte au bras, au mitan d’une futaie de résineux. Le suffrage ayant distingué un baliveau fourmillant, aux ramures élégamment distribuées, les aspirants bûcherons (7 et 10 ans) ont amené le titan à croquer ses copeaux.

Le pivot toisé, apprécié, empaqueté a ensuite escorté le retour des badauds dans la carriole chamarrée.

Il est coutumier de fortifier son organisme après une excursion. Un avenant village de maisonnettes a accueilli les dévalés du halage, afin de les rassasier de saucisses grillées, soupe aux lentilles, gaufres et vin chaud dégustés debout, autour d’une flambée, ou installés sur des causeuses taillées à même les souches.

 L’Avent se prolonge par la ronde de Sankt Nikolaus dans les chaumières, dans la nuit précédant le 6 décembre. Aux gamins pondérés et diligents, l’évêque bienfaisant dispense sucreries et présents. Aux indisciplinés, il dépêche le compère Fouettard. Rusés, les enfants tentent d’amadouer le vaillant bienheureux (et sa mule) en disposant sur le seuil une carotte, un sucre et un verre de vin chaud. Le lendemain, le prélat revient dans les écoles, coiffé de mitre et brandissant crosse, sonde chaque écolier sur son attitude, prodigue conseils ou réprimandes puis remet la rituelle musette : l’orange, les chocolats, une bougie et l’étoile de Noël.

Enfin, pour s’acclimater aux banquets à venir, les pâtissiers novices pétrissent (et grignotent) les innombrables Plätzchen et bâtissent leur maison en pain d’épices.

Viel Spaβ !


samedi 3 décembre 2011

Salamandre et pédibusripage

Au déclin du 25 novembre, les lumières de l’Avent s’embrasent sur la cité entière. Les échoppes des Christkindlmärkte (marchés de l’enfant Jésus), édifiées depuis plusieurs semaines, ne se découvrent qu’au seuil du « premier Avent ». Nulle chinoiserie sur les étals ; Sainte- Famille et augets sylvestres, sphères cristallines et luminaires chamarrés… Pour se ravigoter, Plätzchen* gourmands, brochettes de fruits ensevelis sous le chocolat et Glühweine ou autre Kinderpunch, philtres bouillants, épicés et vaporeux que l’on déguste debout, attablés sous des fermettes en sapin ornées de tresses de feuillage.

Au détour d’une ruelle se déroule une aire de pédibusripage. Ailleurs, c’est un kiosque à musique, ou une crèche vivante.  Tout est en place pour l’attente de Noël… hormis la neige qui se fait désirer ! Or les fardiers familiaux ont été acclimatés pour la surgie des floches, boyaux d’hiver et revêts nocturnes, et les anciens occitans enharnachés de pelisses tenaces aux atmosphères polaires. Enfin, une salamandre adhésive a été établie derrière les croisées du jardin d’hiver, afin de dispenser aux quidams domestiques l’indication salutaire : en fonction des Celsius, élisez votre blindage !


Fröhliches Weihnachtszeit !
*sablés

dimanche 13 novembre 2011

Quand la bise fut venue…

Après une saillante parenthèse occitane, presbytérale et sanitaire, cinq promeneurs aux mirettes désormais rectilignes ont suivi de nouveau l’azimut du Septentrion Oriental, avec une pause inédite à Paray-le-Monial. Ritournelle inévitable, le thermomètre a chuté en voyage d’une mesure pour 200 km.

Fortune heureuse, la neige n’a pas encore usurpé la tendre pelouse, néanmoins un frimas glacé s’étend chaque nuit dans les travées et à l’aube les minois rougissent dès le seuil franchi. Des armoires ont surgi écharpes, capuches, mitaines et bottillons fourrés, et les dermes délicats sont bardés d’onguents étoffés.  

A la Saint-Martin (11 novembre), nulle mémoire de Poilus en Germanie, mais une ribambelle de joyeux galopins portant lanternes et psalmodiant la Lumière bienfaitrice. Lustres et lampadaires qui s’animent d’ailleurs dès 16h30 car la nuit s’empare rondement de la contrée !

Pelles à neige et instruments hiémaux ont déjà rejoint l’apanage depuis début octobre ; désormais l’excitation monte alors que les échoppes exhibent les décorations de l’Avent et les recettes savoureuses des délices épicés. Chacun spécule sur la futaie où un traineau le mènera couper le sapin familial, tandis que les destinations secrètes pour les journées de luge s’échangent sous le manteau. Pourtant, hors les flocons épars saupoudrant la tonnelle le 1er octobre au matin, nulle floche immaculée n’a encore admis se poser sur la Bavière impatiente.

A bientôt !

PS : au menu de la cantine de l’école franco-allemande jeudi dernier : Pfannesuppe. Ils ont osé !

dimanche 23 octobre 2011

Oktoberfest et plus encore

En Bavière, avec le mois de septembre revient… la Fête d’octobre (Oktoberfest), parfois sournoisement nommée Fête de la Bière par les exogènes, notamment hexagonaux.  Le premier mouvement se repère dans les transports en commun : une population étrange en culottes de peau et chemise en vichy, guêtres de grosse laine et chaussures de montagne, couvre-chef emplumé parfois orné de l’edelweiss pour les hommes, ample jupe à tablier coloré sur de fines ballerines laquées, échancrure calculée et bijoux engageants, coiffures irréprochables pour les dames. De 3 mois à 99 ans (avec probablement des dérogations hors de ces deux extrêmes), les bipèdes locaux, mais aussi d’innombrables imports, convergent incessamment vers le champ de fête, vaste étendue localisée à 400 mètres du collège de Théo à l’ouest de la ville.
Ce sont quinze aurores et quinze crépuscules de cette transhumance, visages allègres et tenue respectueuse, jours de bombances aux airs de bacchanales, moins délurés et impétueux que ne le suggère la renommée du plus populaire événement festif du monde.

Le champ de fête se rehausse de sept fermettes sylvestres principales de près de 2 acres* chacune, et de centaines d’autres plus modestes, habillées d’elfes et de fées et meublées de tablées de myriades de couverts, d’un banc d’orchestre complet, sans compter les arrière-cours où s’entreposent les fûts, et les cuisines où se déversent pour rôtir des élevages intégraux de demi-poulets.

Les manèges anciens et modernes entourent les métairies, pour que les ventres gonflés de ferment d’orge parfumé au houblon s’épanchent au rythme des culbutes et des girations foraines, tandis que les kiosques à bretzels et à friandises réassortissent les panses retournées.
Après le divertissement, dispensé jovialement et sans grossièreté aucune, chacun s’en retourne silencieusement à ses pénates, non sans avoir orné le cou de sa belle d’un cœur de pain d’épices où s’écrivent des mots doux en lettres de massepain.

Octobre correspondait aussi à l’opération des yeux de Manon. Tout s’est bien passé. Sa convalescence est prodigieuse.
A bientôt !

mardi 27 septembre 2011

La soupe du jour

Amis francophones de métropole et d’ailleurs, Grüß Gott !

Une trêve dans nos ardeurs bavardes vous ont permis de sereinement souffrir les tumultes de septembre. Aux lisières des forêts bavaroises se sont également déferlées les fougues industrieuses d’une rentrée scolaire en terrain allogène. Nos habitués nous ayant engagés à relater notre vie familière, voici donc un « Pfannesuppe quotidien ».

L’ordre protocolaire place la famille Poissons (par le quantième) au premier rang. Vous aviez quitté quatorze locataires de l’aquarium, le recensement s’est profusément réduit. A la suite de l’acidification éclair de leur milieu de vie, nous avons procédé à une séparation temporaire en deux échantillons ichtyologiques : les voraces et les faméliques. Un représentant de la première population ayant expérimenté un salto suicidaire en dehors du réservoir, les gloutons ont été éructés dans l’Isar, pour un circuit au long cours puisque notre ruisseau se jette dans le Danube qui, comme chacun le sait, est le deuxième plus long fleuve d’Europe, prenant sa source dans la Forêt-Noire, mesurant 3 019 km à partir de sa source et baignant plusieurs capitales de l’Europe Centrale, Orientale et Méridionale : Vienne, Bratislava, Budapest et Belgrade, puis  se jetant dans la mer Noire par un delta qui sépare la Roumanie et l' Ukraine (merci Wikipédia). A l’heure où s’écrivent ces lignes, quelques homonymes de vos enfants sont donc en voyage d’études. Les six survivants (sur un assortiment initial de vint-quatre) accèdent enfin à la pitance et se portent à merveille.

Au nombre des excursionnistes, Patrice gobe les kilomètres et ripaille alternativement chez nous et chez nos amis toulousains. Son goût de l’intrigue politicio-avionique varie au diapason des ondulations diplomatiques. A en croire les pelletées de terre qu’il a récemment répandues dans le jardin en lieu et place de la lagune, l’heure est aux tensions professionnelles soutenues.

Fraîchement collégien, Théo discerne l’espace de liberté que lui ont agréé ses parents : pour prévenir des aléas de longs trajets (plus de 40 min) aux multiples changements (bus / métro / train), notre préadolescent dispose de sa propre clé et d’un téléphone portable bloqué. Le cercle polyglotte de ses nouveaux complices s’est rapidement constitué, incitant notre timide à entrelacer l’anglais et l’allemand pour exprimer ses émotions. Réticent au démêloir et aux sécateurs capillaires, ensaché dans des paletots trop larges… il semble s’éloigner de son tableau de sagesse ! L’immersion dans cet environnement inédit l’a néanmoins mûri et lui a ouvert incontestablement des horizons à explorer.

Pierre le consciencieux cabote dans ses neuf heures d’allemand hebdomadaires, et ambitionne d’être le premier germanophone de la couvée. Il fraternise avec les gamins du quartier, détale dès que possible pour ne rentrer qu’au crépuscule s’écraser sur son lit jusqu’à l’aube. La cadence scolaire germanique (école jusqu’à 14h) combinée aux magnifiques journées de ce mois de septembre lui convient pour l’instant.

En ces journées d’Oktoberfest (gauchement traduit Fête de la Bière), Manon a noblement porté le dirndl, parement princier embrassé ces jours-ci (mais pas seulement) par l’ensemble de la ville sans considération d’âge ou de sexe. Immergée dans le bain linguistique entretenu par ses deux enseignantes, Manon revendique qu’on lui parle allemand à la maison et récite des comptines locales en montant les trois fois quatorze marches qui mènent à sa mansarde. Pour notre désespoir, elle est enchantée par les assortiments bretzel-saucisses…

Et pour ma part, apaisée des agacements professionnels, sorte d’essieu familial aux inhabituelles et délicieuses heures de sérénité, je déroule mon ouvrage notamment dans le consensuel conseil des parents de l’école française.

A bientôt !

mardi 6 septembre 2011

Tiens, ce matin, Maxime et Antoine ont bonne mine !

Futurs visiteurs de Rodachtalweg et autres lecteurs avides de nos péripéties, bonjour !

Agréons en préface les contributeurs amènes qui nous ont transmis un relevé toponymique éclatant de notre quartier, bien plus achevé que mes vagues peintures sur la présente gazette. Nous avons ainsi appris que quelques-uns de nos voisins disposaient d’une piscine ou d’installations étendues de production d’électricité solaire, ce qui paraît pour le moins prodigieux en de telles latitudes.

Notre jardinet considérablement exigu était, quant à lui, vérolé par un lagon exotique qui occupait plus d’un tiers de sa surface et permettait à une luxuriante végétation lacustre d’envahir ce que les sureaux n’avaient pas encore colonisé. Au prix de plusieurs journées d’efforts, nous avons abattu des monceaux de foliations, et relaxé, les pieds dans la vase, près de quatre-vingt seaux d’eau fangeuse que nous avons versés, devant des riverains offusqués, directement dans le caniveau. Le drainage qui a suivi ces opérations a été observé presque discrètement par nos voisins jusqu’à élimination des dernières stigmates de boue.

Après taraudage et équarrissage des couches plastiques et textiles, le marais s’est paisiblement asséché, laissant à notre propriétaire le temps de venir moissonner quelques spécimens de ses vénérés nénuphars japonais avec lesquels leur mère (ensemencée au cœur de Kyoto) conserve un lien perpétuel malgré la distance. Subsistait la controverse au sujet des poissons rouges et argentés que nous avions avisés nageant harmonieusement et dont nous évaluions la population à cinq ou six. Chaque seau a donc été soigneusement scanné et la friture préalablement épargnée. Au terme de notre labeur, ce sont vingt-quatre grésillements visqueux qui s’agglutinaient dans le saladier.

Le conseil de famille s’est alors réuni, et il a été décidé à la quasi-majorité des votants* que notre installation à Rodachtalweg avait pour conséquence inévitable l’accroissement de la famille de vingt-quatre nouveaux membres dont la masse totale ne représente, somme toute, qu’une infime partie de celle du plus léger membre préalablement enregistré.

* Merci de nous rappeler de modifier rapidement le code électoral Brossier qui accorde une voix pleine et entière à chaque personne sans considération de l’âge. Un aménagement à la proportionnelle aurait probablement modifié les scores.

Pour parachever l’évolution statutaire de nos alevins, le corps électoral a acquis un aquarium de petit volume (donnant à notre élevage des allures de HLM ichtyologique) et procédé au baptême de toute la population. C’est ainsi que tous les cousins et amis des enfants ont été accueillis dans les 35 litres du bocal : Maxime, Antoine, Elise, Pauline, Chloé etc. !

L’aquarium a catalysé l’attention des enfants du quartier et nous ont été prodigués conseils, dons de vitamines et autres granules ; une providentielle voisine a même recueilli dix de nos locataires, ce qui rend le milieu viable à nos autres colons. Bulletin de santé après presque de vingt jours : malgré des conditions peu favorables, les quatorze poissons se portent à merveille.

Viel Spaß

PS : En avant-première nous avons essuyé la rentrée scolaire qui par les hasards des calculs consulaires est arrivée le vendredi 2 septembre. Notez la succession astucieuse des opérations : Théo à 8h30 eu centre-est de Munich (40 minutes de trajet depuis chez nous), Pierre et Manon respectivement à 9h30 et 10h30, et fin des cours de Théo (chargé de tous ses livres) à 12h. Fort heureusement, nous sommes maintenant incollables (ou presque… à suivre !) sur les parcours de métro, train, bus, tramway.

vendredi 19 août 2011

Initiation à la gastronomie et submersion autrichienne

Lorsque la course de l’astre du jour entame son déclin, l’estivant munichois se caractérise par sa migration vers les ondes de l’Isar, vague ruisseau alpestre qui serpente au mitant de la cité entre les galets et les résineux.

Pour notre premier jour d’un firmament permettant d’envisager un diner extérieur*, la famille au complet a donc baptisé au bord de ce torrent son rutilant kit de barbecue portatif, composé d’une barquette aluminium coiffée d’un treillage et garni de houille imbibée d’un spiritueux, le tout reposant sur un piédestal métallique aussi incommode que flexible. Ayant erré entre les grappes d’étudiants avinés, les célibataires de tous ordres en quête d’appariement ou autres musiciens débutants ou radio-équipés, nous avons finalement posé nos baluchons sous les frondaisons opulentes. Au faîte de notre merveille de technologie ambulante, nous avons délicatement déposé les précieuses pitances régionales : un assortiment de Wurst (autrement dit « charcuterie ») que, pour acclimater nos papilles embrumées, nous avons accompagnées de très tournefeuillaises salades de pousses d’épinards, tomates et autres cucurbites.

Le cliché ci-dessous se passe de légende : nous ne sommes pas encore rôdés pour les pique-niques « am Isartal ». Une rare (et fort jeune) convive a pourtant été singulièrement satisfaite de notre ordinaire corrigé de sauce tomatée, comme en témoigne la vidéo que certains pourront visionner. Apprenez que la DDASS germanique ne cille pas pour de semblables sévices qui demeurent monnaie usuelle en ces latitudes.

Quelques aubes après ce douteux procédé, nous avons enharnaché nos rejetons dans l’Espace en direction du Sud, afin d’y capter quelques rayons solaires sur nos dermes en lactescence. Première halte en Autriche au bord de l’Achensee bien connu des randonneurs en quête d’edelweiss. Nos tentes disposées, nos estomacs à l’affût nous ont menés, à pas enjoués, dans un sympathique Gasthaus tenu par des matrones en tenue tyrolienne pour une dégustation de poissons.

Les premières gouttes nous ont pris de surprise après le tri des premières arêtes, et ce n’est que lorsque les flots ont fait vaciller les parasols, infléchir les paravents, trébucher les sièges puis courir les hôtes que nous avons réalisé la situation dans laquelle pouvaient se trouver nos abris. Plus de dix centimètres d’eau sous les tapis de sol, des toiles détrempées et la pluie qui s’intensifiait à chaque instant… En deux impulsions, nos accessoires secs ont été amoncelés dans la voiture et les tentes suintantes injectées dans une gibecière imperméable. Arrosés jusqu’à la charpente, nous avons conduit plusieurs heures sous les lames jusqu’à rejoindre l’Italie et une météo clémente. Il était 3 heures du matin lorsque nous avons coupé le moteur à quelques kilomètres de Venise.

Egarés volontaires sur les îlots de la lagune, puis plaisanciers en Croatie, notre acclimatation allemande est conforme tant nos condisciples s’y répandent. Nous ne manquerons pas de renouveler ces dernières expériences.
Bonne fin de vacances à tous !

Hélène

*amis facétieux qui espériez que cette clarté était très récente, soyez dégrisés : le jour sans pluie est advenu le 1er août.